Tabac et Dépendance
- Pourquoi écrire un article sur le tabac ?
Pour aider à mieux comprendre ce qu'est cette substance, la dépendance qui y est associée ainsi que ses conséquences en terme de santé.
Ceci d'autant plus qu'en France, depuis le 1er février 2007, il est interdit de fumer dans les lieux publics comme les entreprises, les administrations et les établissements scolaires. Et qu'au 1er janvier 2008 cette interdiction s'étendra à tous les autres lieux comme par exemple les discothèques, les bars cafés, les restaurants et les casinos. Un décret du 16 novembre interdit de fumer dans "tous les lieux fermés et couverts qui accueillent du public ou qui constituent des lieux de travail". Les entreprises auront le droit d'installer des "fumoirs", "salles closes" dont la superficie ne pourra dépasser 35 m2 et qui devront être "dûment ventilées".
Ces mesures (prises par le Ministre de la Santé et des Solidarités) sont toutefois complétées par une circulaire prévoyant une prise en charge avec remboursement des traitements de substitution nicotinique à hauteur de 50 euros par personne et par année civile. Pour bénéficier de cette prise en charge l'assuré doit avoir une prescription médicale (médecin ou sage femme) établie sur une ordonnance où ne doit figurer aucun autre traitement. Le traitement peut être acheté en plusieurs fois en pharmacie. Le patient règle directement le pharmacien qui via la carte vitale envoie la feuille de soins électronique à la Caisse d'Assurance Maladie (ou à défaut établira une feuille de soins papier à envoyer).
Par ailleurs peu de fumeurs ont réellement conscience des risques liés à leur consommation. En effet, l'Institut national de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES) a publié le 11 décembre 2006 les résultats du premier « Baromètre cancer ». Un sondage réalisé auprès de 4 000 Français pour évaluer leurs connaissances et opinions sur les facteurs de risques liés à la consommation d'alcool et de tabac. Pour près de 6 sondés sur 10, les principaux risques avec l'alcool sont les accidents de la route et la violence. Et 4 sur 10 mettent au même niveau les dangers de la consommation d'alcool et le fait de boire des sodas ou de manger des hamburgers. Le tabac enfin : si 97,9% des personnes interrogées reconnaissent que fumer favorise l'apparition d'un cancer, près de 7 sur 10 associent ce risque à des seuils supérieurs à leur propre consommation. En clair, la cigarette tuerait... seulement les autres.
Aussi vous trouverez si dessous :
- l'histoire du tabac afin de comprendre comment ce comportement s'est ancré dans nos habitudes de vie ;
- les conséquences médicales du tabagisme afin de se trouver une nouvelle motivation à entrer dans une démarche d'arrêt (sachant que ces motivations peuvent être autres : exemplarité par rapport aux enfants, faire des économies, retrouver un nouveau souffle ou le goût et l'odorat, préserver une belle peau, se délivrer d'une sensation de dépendance, etc.) ;
- les bénéfices en terme de santé à l'arrêt ;
- l'explication des différentes dépendances et de leurs fonctionnements ;
- et enfin, que faire pour arrêter efficacement de fumer.
Bonne lecture !
- L'histoire du tabac
Dans l'antiquité, le tabac était inconnu en Europe. Pourtant, les hommes brûlaient diverses herbes dont ils utilisaient la fumée pour soigner ou pour prier. On a même retrouvé à Pompéi des fresques prouvant l'usage de pipes. En Amérique, il y a plus de 3 000 ans les Indiens connaissaient le tabac, qu'ils considéraient comme une plante précieuse, sacrée et curative, utilisée par des prêtres et des chamanes. Ils l'utilisaient lors de rituels pour la purification des adultes et pour entrer en communication avec le «Grand Esprit» ; ainsi que comme plante médicinale pour apaiser des douleurs.
En 1492, Christophe Colomb découvre l'Amérique et le tabac à Cuba en s'apercevant que les Indiens fument une plante nommée petum sous forme d'un tube de feuilles roulées.
En 1493, le missionnaire espagnol Fray Romano Pane accompagne Christophe Colomb dans son deuxième voyage au Nouveau Monde, pour y convertir les habitants au christianisme. Il envoie du tabac à Charles Quint.
A la Cour Espagnole et Portugaise, le tabac est longtemps utilisé comme simple plante d'ornement. Ce n'est qu'au milieu du 16ème siècle (1556) que le médecin personnel de Philippe II commence à propager le "médicament universel" - le tabac.
En 1556, le moine Angoumois André Thevet ramène pour la première fois des graines de tabac en France
En 1561, Jean Nicot, qui était à cette époque ambassadeur de France au Portugal, envoya des feuilles de tabac râpées à Catherine de Médicis, reine de France. Le tabac fut décrit à la reine comme une plante qui pouvait soulager les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et elle donna l'ordre d'en cultiver en Bretagne, en Gascogne et en Alsace. On l'appela alors « l'herbe à la Reine » ou encore « la Catherinaire » dont la vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. La reine utilisait le tabac sous forme de « prises ». Cette herbe devint très populaire et toute la Cour se mit à l'utiliser. Même si certains s'opposèrent au tabac car ils y voyaient de la sorcellerie, la mode du tabagisme se répandit et le tabac triomphe en France. En l'honneur de Jean Nicot on appela le tabac à partir de cet instant Nicotiana Tabacum. Molière, le célèbre homme de théâtre, écrivit dans une de ses pièces : « Qui vit sans tabac est indigne de vivre ! » Et les enfants se mirent à fredonner la célèbre chanson « J'ai du bon tabac dans ma tabatière ».
Dans les autres pays, l'engouement est tout aussi rapide. Il apparaît en même temps en Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Turquie, au Maroc, en Corée, au Japon, en Chine, etc. Dès la fin du XVIème siècle, le tabac est connu dans le monde entier.
Le succès du tabac allant en grandissant, l'Etat français le considéra comme une source possible de revenus. Le Cardinal de Richelieu créa en 1629 le premier impôt sur le tabac : un Droit de Douane à l'entrée des tabacs qui, à cette époque, étaient encore importés du Nouveau Monde. Cette décision entraîna, 7 ans plus tard, les premières plantations en France à Clairac (Lot-et-Garonne). Au milieu du 17ème siècle, il y a déjà un grand nombre d'exploitations, surtout dans les Vallées du Lot et de la Garonne, en Lorraine et en Normandie.
En 1674, Colbert, responsable des finances sous Louis XIV instaura le monopole d'Etat de la vente du tabac et en 1681 il décrète le “Privilège de fabrication et de vente”. Celui-ci est d'abord affermé à des particuliers, puis à la seule Compagnie des Indes.
En 1719, la culture est prohibée dans toute la France avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort. Exceptions : la Franche-Comté, la Flandre et l'Alsace.
Il fallut attendre la révolution de 1789 pour que soit supprimé ce monopole, en effet, en 1791 l'Assemblée Nationale déclare la liberté de cultiver, de fabriquer et de débiter le tabac.
Ce monopole d'état fut ensuite rétabli par Napoléon Ier en 1810. A partir de 1816, l'autorisation de culture est donnée, petit à petit, à quelques départements.
En parallèle, les premières observations de médecins sur les méfaits du tabac remontent au XVIIe siècle (en particulier Fagon, Médecin de Louis XIV (1638-1715)), mais ce n'est qu'au début du XIXe siècle que la nicotine est identifiée comme un composant du tabac. En effet en 1809, Louis Nicolas Vauquelin, un Normand professeur de chimie à l'Ecole de médecine de Paris, isole le principe actif des feuilles de tabac. Cet alcaloïde fut appelé « nicotine » encore une fois en référence à Jean Nicot.
Les premières cigarettes fabriquées de façon industrielle apparaissent en 1830 et c'est en 1843 que la première machine à fabriquer les cigarettes est inventée. Les cigarettes ainsi fabriquées vont peu à peu supplanter la chique et la prise. C'est le début de l'expansion réelle du tabagisme qui restait une habitude marginale, en France et dans le monde.
En 1926, le monopole est confié à une société : la SEIT (qui fut privatisée en 1995).
En 1944 lors de la 2nd guerre mondiale avec les GI's, la consommation de tabac devient planétaire et l'age d'or des cigarettiers commence. Après la seconde guerre mondiale le tabac se développe de manière extraordinaire, gagnant peu à peu toutes les classes de la société.
En 1950 est commercialisée la première cigarette à filtre. En France, le tabac est cultivé dans 55 départements, avec 105 000 producteurs sur 28 000 hectares
Entre 1950 et 1970 sont menées les premières études épidémiologiques qui prouvent indiscutablement la toxicité du tabac et apparaît le premier plan de lutte contre le tabagisme. Aujourd'hui, des études de plus en plus nombreuses démontrent cette nocivité. Les experts affirment que si le tabac arrivait sur le marché aujourd'hui, il ne serait pas autorisé à la vente en raison des dangers qu'il représente. Malgré cela, partout dans le monde, le tabagisme s'est développé et l'on parle désormais d'une épidémie tabagique mondiale.
- Conséquences Médicales du Tabagisme
Le tabagisme est à l'origine :
d'un certain nombre de maladies (pathologies cancéreuses : cancers broncho-pulmonaire, des voies aéro-digestives, de la vessie, du rein, du pancréas….. ; maladies cardiovasculaires ; maladies respiratoires (BPCO) ; caries, gingivite ; diminution de le fertilité ; ainsi que le vieillissement prématuré de la peau, des cheveux, des ongles)
et de décès prématurés dans les pays développés (plus de 60 000 décès par an en France et 165 000 décès par an sont prévus dès 2020-2025)
- Les bénéfices à l'arrêt :
- Comment fonctionne la Dépendance Tabagique ?
Le professeur Gilbert LAGRUE décrit le tabagisme comme « un comportement appris, renforcé par une dépendance dont la nicotine est en l'état actuel la principale responsable ».
Ainsi donc la nicotine (C10H14N2), qui est le principal alcaloïde du tabac, agit au niveau du cerveau en se fixant sur les récepteurs à l'Acétylcholine (avec laquelle elle présente des analogies de structure), ce qui libère de la Dopamine donnant ainsi une sensation de plaisir, de bien être, de détente (une sensation anti stress). Cependant, notre organisme s'adapte à la prise de cette substance, en particulier si elle s'effectue de façon régulière, ce qui implique un besoin d'augmenter la consommation de cette substance au cours du temps pour maintenir ou accroître l'effet désiré ou induit par cette consommation. Ce phénomène s'appelle la tolérance et amène la dépendance physique.
Ainsi, si dans un premier temps la personne fume par plaisir, pour se détendre ou entretenir un certain lien social etc. (dépendance psychologique), dans un second temps du fait de l'installation de la dépendance physique, la personne va également fumer pour éviter d'être mal ou dit autrement pour éviter le syndrome de manque. Enfin, la répétition d'un geste déclenché par des stimuli internes ou externes aboutit à l'habitude puis à l'automatisme. Des comportements aussi fortement ancrés dans la vie de tous les jours, finissent par en faire partie intégrante (réflexes conditionnés dans certaines situations, par exemple en prenant la voiture). Ce dernier point correspond à la dépendance comportementale.
- Comment arrêter de fumer ?
Il est préférable de s'orienter vers des consultations spécialisées en présence de tabacologues telles que celles proposées au Dispensaire Emile Roux, 11 rue de Vaucanson, 63100 Clermont Ferrand, tel : 04 73 14 50 80 ou à la Consultation Tabacologique de l'ANPAA 63, au centre social Joseph Gaidier, 12 avenue de la Libération 63200 RIOM, tel : 04 73 34 80 05
En effet, la dépendance physique est quelque chose de facile à substituer pour un tabacologue une fois le bilan clinique bien établi et les différents niveaux de dépendance évalué (avec en particulier la mesure du CO expiré et le test de Fargerstrom pour la dépendance physique ; les tests de Horn et de Gilliard pour les dépendances psychologique et comportementale). Cela permet d'adapter la posologie des substituts (timbres, gommes, pastilles, zyban, champix) au degré de dépendance, voir même d'associer différents substituts entre eux pour les fumeurs fortement dépendants. En général, les rechutes sont liées à une substitution mal adaptée et /ou au défaut de prise en charge des deux autres types de dépendance (comportementale et psychologique).
Pour traiter les deux autres dépendances, les thérapies cognitives et comportementales (TCC) sont des techniques validées et recommandées dans l'aide à l'arrêt du tabac. L'idée majeure est de créer une alliance thérapeutique avec votre thérapeute afin premièrement d'explorer les craintes, les freins, d'augmenter la motivation à l'arrêt et ensuite de travailler ensemble tels deux chercheurs sur comment vous aider au mieux pour atteindre votre objectif. L'idée de départ est qu'il n'existe pas d'échec : une cigarette refumée de temps en temps correspond à un faux pas ; une cigarette par jour pendant 7 jours consécutifs correspond à une rechute mais en réalité nous sommes engagés dans un processus cumulatif d'apprentissage ou de maturation (idée de différents stades de maturation au changement définis par Prochaska et DiClement) qui fait que c'est une série de tentatives avortées qui précédent un arrêt définitif.